Ses autres livres

"Vengeance" de Jean-Jacques Zeis


Connaissant la plume de Jean-Jacques Zeis pour l’apprécier totalement, ainsi que les thèmes qu’il aborde à chaque fois avec excellence, je n’ai pas hésité un instant à me plonger dans son dernier né « Vengeance ». Et pas n’importe quelle vengeance, puisqu’elle se déroule au XVe siècle en Chine sous la dynastie Ming.

Un titre pourtant rude, précis, ferme, qui en dit long sur le contenu, mais c’est sans compter sur la délicatesse maîtrisée de l’écriture de son auteur et je savais que j’allais être transportée dans une histoire surprenante, émouvante et captivante.

 

Dans ce récit, nous suivons le juge Zheng et son ami Wang, chef de la police de ce Pékin de 1450. Un meurtre a été commis dans un lupanar très réputé de la ville : la vieille maquerelle qui n’a plus réellement la condition physique pour s’occuper de « son commerce », a été étouffée dans son sommeil. Personne n’a rien vu, rien entendu. Pourtant, un objet est placé à côté de la victime, une porcelaine en forme de lotus. Quelle est sa signification ? Qui en voulait à cette femme et pourquoi ?

Zheng et Wang commencent une enquête qui va les conduire à découvrir d’autres meurtres et d’autres objets près des victimes, comme si l’auteur des faits (ils comprennent assez vite qu’il s’agit d’une seule et même personne), réalisait une véritable croisade vengeresse. Alors, pourquoi des victimes aussi différentes et quelle est la signification de ces objets laissés comme une signature ou un rituel peut-être …

Ce qui fait, à mon avis, la vraie richesse de ce livre, c’est qu’on ne suit pas uniquement les enquêteurs, mais on a une bonne longueur d’avance sur eux, car nous suivons « le vengeur » lui-même. Très vite, s’instaure une sorte d’ambiguïté dans notre esprit, car on s’attache à lui malgré ses crimes en découvrant ses raisons, ses convictions et sa propre ambiguïté.

Comme pour chaque livre de Jean-Jacques Zeis, je ressens sa passion pour l’Histoire de la Chine impériale qui s’est tant dévoilée dans « Le pin, le prunier et le bambou » (et celle pour l’Egypte aussi avec « Neferher, fils de Neith »). Il a toujours cette plume unique et riche en émotions, humaniste et poétique. Avec « Vengeance » (un thriller-polar qui est un genre plus sombre habituellement), l’auteur nous captive à chaque page et évoque la vie, les personnalités, les coutumes dans un pays et une époque qu’il connaît bien et où philosophie confucéenne et taoïste ont une place importante dans la vie des gens. Il place son thriller-polar dans ce contexte avec aisance, sans oublier de démontrer la rigueur, l’empathie et la dignité du juge Zheng et du chef de la police Wang, mais aussi du « vengeur » lui-même et des autres personnages secondaires que l’on découvre au fil de l’histoire.

Jean-Jacques nous emporte, avec sa plume qui ne cesse de me ravir, au cœur d’une enquête intrigante, captivante, subtile, descriptive et rythmée, nous faisant voir, entendre et sentir tout ce que lui-même voit, entend et sent. Et c’est un réel plaisir de lecture à chaque nouvel ouvrage de Jean-Jacques Zeis.